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Lettre&poèmes de Marlène Ma soeur qui combat son 5ème cancer

Publié le par marquedeposee

Lettre&poèmes de  Marlène Ma soeur qui combat son 5ème cancer
Lettre&poèmes de  Marlène Ma soeur qui combat son 5ème cancer

A mes amis,

Tout d'abord, un grand merci pour vos signes de sympathie, c'est vrai qu'au fond de moi, je dois en avoir besoin. Je ne vous ai jamais caché ma bipolarité ni le fait que je suis une éponge malgré toutes les barrières que j'érige autour de moi. C'est ainsi. Je suis donc dans une phase dépressive, que je n'ai, comme les autres, pas sentie venir et je dois faire face, continuer à avancer dans ma vie et tous les problèmes qui se posent (enfants, famille, pauvreté etc...) et toujours ce sentiment de culpabilité qui m'habite depuis que j'ai eu mes cancers qui font que, bien trop souvent, je ne sois plus à la hauteur de la situation car ma sensibilité me détruit.
Je suis souvent face à mon inutilité, face à mon impuissance et je pense qu'avec le climat mondial actuel, cela ne fait rien pour changer mon regard, car les choses n'ont pas tant changées. C'est toujours ma manière de les percevoir qui change et qui fait que je ne supporte plus l'approximation, le non engagement, et la légèreté dont je suis la première à me nourrir me dégoûte. Comment arrêter de penser ? C'est ce que j'aimerai qui m'arrive, mais la machine infernale de mon cerveau ne me le permet pas. Toujours en alerte, toujours compatissante, toujours en émotion profonde, je vous aime, j'aime la vie et je m'y abîme. Personne ici n'est responsable de mon état. Trop d'agressions physiques et morales pour une toute petite personne comme moi fait naître des crevasses et me sépare en deux : celle qui a envie de partager avec vous et , parfois, celle qui ne se sent plus capable de vous apporter quelque chose de positif. A ce moment là, insidieusement, je commence à me taire, à me mettre en retrait et les mots ne me permettent plus de formuler... Pardonnez à mon poème d'hier ses innombrables imperfections dont j'avoue me foutre éperdument, tant ses mots même médiocres me soulagent quand ils acceptent de sortir de moi. Très affectée par la mort de Michel Delpech (de part les raisons de sa mort qui me rapprochent de lui et le fait qu'il soit croyant) et à qui je pensais quotidiennement, l'imaginant dans un lit une place d'hôpital, perfusé et dans le noir chaque jour depuis son arrivée aux soins palliatifs.... S'est créé à ce moment là une sorte de sentiment de fraternité avec cet homme que je n'ai jamais vu mais auquel je me suis profondément attachée. La mort d'une autre personne dans ma vie et que j'aimais beaucoup pour d'autres raisons et qui restera pour vous une anonyme, je pense que l'ensemble a été le déclencheur de ma dépression actuelle qui fait que je n'ai envie de voir personne. Si je vois quelqu'un, cela ne me rebute pas, mais si je ne vois personne, cela ne présente pas de problème majeur. Mes douleurs physiques ayant considérablement augmentées ces derniers mois, quotidiennes et répétitives m'ont affaiblie dans mon enthousiasme auquel pourtant vous savez je tiens tant. Aussi, je sais pertinemment que tout ça finira par revenir, je n'en suis pas à ma première crise. Je ne sais jamais combien de temps cet état va durer, mais sachez qu'un jour, il prend fin et que j'en ignore totalement encore le déclic. Donc, je m'accroche à ce moment qui reviendra, je ne sais par quelle magie.
C'est vrai aussi que me font plus mal dans ces moments là les moments de partages "artificiels" et que le "bonjour ça va ?" me devient insupportable. Pardon pour cette forme de despotisme que m'impose mon cerveau et sachez que je fais mon possible pour retrouver, si ce n'est le goût de vivre, au moins le goût de me battre. Je vous aime, comme un des fils conducteurs de ma vie et je pense à tous ceux qui m'aiment en retour avec toutes mes contradictions mais mon empathie indéfectible, même pour ceux qui me font du mal. Désolée d'avoir été si longue, mais je n'ai jamais su faire court et il me semblait que je vous devais une explication. Encore une chose : J'ai effacé certains posts sur mon mur, parce qu'incapable de savourer quoique ce soit et que ce serait gâchis. Je pense en particulier à André Lombard dont je n'ai pas eu le courage de lire ses belles poésies. Qu'il ne m'en veuille pas, je ne supportais pas de les voir sans pouvoir y répondre mais merci pour ces cadeaux précieux que je n'aurai pas su savourer à la hauteur de leur auteur...

Marlène Mellek

Lettre&poèmes de  Marlène Ma soeur qui combat son 5ème cancer

Comme si je devais mourir demain 

ce poème s'adresse à qui n'a pas compris 
Que depuis mes cancers; je ne vis qu'en urgence 
Je ne suis plus la même et je ne me renie
A chacun des moments quand à vous je confie 

Je confie mes terreurs, mes paniques aussi.
Elles s'emparent de moi plus fort qu'une tornade 
Je vis et virevolte au gré de son envie
Et ne suis plus que chose sur laquelle on s'attarde....

L'attention qu'on me porte est plus que je mérite 
Il faudait que s'incline la déchéance même 
Mais si je vous parais aussi peu émérite.
Oubliez moi pour vous je veux être anathéme...

Je n'ai jamais mendié quelqu'amour que ce soit 
Et si vous prenez mal ce qui est confidence
Pour vous c'est moi qui juge, mais vous n'allez pas droit 
Si vous comprenez mal ce qui est ma souffrance....

Je me trompe souvent sur les sentiments purs.
Tels que je vous les porte aussi spontanément 
Je vais devoir apprendre qui m'aime d'amour sûr
Avant de me livrer si dangereusement. 

Je ne demande pas la pitié qui m'est vile 
Et je refuse en bloc toutes les agressions 
Car je venais à vous confiante et à vous si docile 
Que je ne m'attendais à rencontrer un lion... 

Marlène ou (Marleyne) MELLEK 

 

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PUTAIN DE CANCERS 

Le crabe m'a tout pris, ma santé, mon boulot
Ma maison, mes projets et tout mon avenir 
Je ne connais vous dis_je pas de pire salaud 
Qui quand votre vie va viendra tout vous pourrir...

Mes enfants ont grandi ne sachant si leur mère
Allait tous les planter ou bien allait rester 
J'ai au fond de ma gorge un âpre goût amer
D'avoir loupé les liens qu'on aurait dû tisser...

Pas pu vivre l'enfance de mes trois enfants,
Sans cesse à l'hôpital, résidant secondaire 
J'ai quitté ma maison et j'ai confié aux gens 
L'éducation des miens que je ne puis refaire...

Ce poème me hante et depuis des années 
Il me faut le vomir puisque j'ai tout perdu 
Comment avoir enfants qui seraient attachés 
Ala mère fantôme qui leur est défendue...

Mais cela n'est pas tout, quand on est cancéreux 
On tombe en pauvreté, on paye cher le mal 
On est handicapé et l'on gagne si peu 
Qu'on ne projette plus. Est prostré l'animal...

Marlène ou (Marleyne) MELLEK 
 

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